AsK tHe DuSt

dimanche 20 mai 2012

La Grande balade



© Famille Brabant .jpg
 Hélène Bessette
© Famille Brabant



"L’école de l’eau du silence du temps prolongé. L’école de la lenteur. Faire une journée avec un mot.
Un seul mot du livre.
On peut. On a le temps.
- Le livre ? dit la voyageuse, je le terminerai demain. Ou après-demain.
Qu’est-ce que ça peut faire ?

         J'ai le TEMPS !

Pour aujourd’hui je me contenterai d’un mot. Je vivrai sur un mot. Pour le savourer. Le déguster. M’empiffrer. M’en goinfrer. M’en griser.
- Quel mot ? demande un voyageur allongé non loin.
- Amour, répond-elle.
- Alors, dit-il, vous risquez de ne jamais poursuivre la lecture."


"Sud, ou La Grande Balade
Hélène Bessette



Tess aussi a le temps, mais c'est le mot qui la choisit

samedi 12 novembre 2011

Soupe aux clous



Savez-vous brouter des clous ?
J’en ai mis dans votre soupe.
C’est ça qui donne du goût
À nos mangeailles d’étoupe.

Car le goût du fer vaut bien
Un peu de mal aux gencives
Et fera couler plus vive
La saveur du sang chrétien.

Les clous du fol ou du sage,
Ces clous, nous les connaissons.
Le Parfait en fit usage
Pour y clouer son garçon.

Clous au cœur et soupe aux clous !
Clous aux mains ; flamme et ferraille
Les dieux viennent comme nous,
S’enferrer dans leur broussaille !

À qui n’a jambe ni bras
Soupe aux clous en donnera,
Si bien qu’un vieux rampeur ose
D’un élan surnaturel,

Respirer la jeune rose
En levant des yeux au ciel.
Et cet incrédule ver
Soudain, marche sur la mer.


Geo Norge 


Tess ajoute des punaises dans sa soupe aux clous

mardi 16 août 2011

Vague

“ je sens mille possibilités naître en moi; Je suis tour à tour espiègle, gaie, languissante, mélancolique. J’ondoie, au-dessus de mes profondes racines. Penchée à droite, toute dorée, je dis à ce jeune homme : “Approche.” puis, me penchant à gauche, devenue toute sombre, je dis à cet autre : “non.” Le jeune homme appuyé à la console sort de son immobilité; il approche; Il vient vers moi. C’est le moment le plus excitant que j’aie encore vécu. Je frémis, j’ondule. J’ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais solidement enracinée sous l’eau, de sorte qu’on peut s’en approcher sans crainte que le courant ne l’emporte.” 

Extrait de Les Vagues (The Waves), publié en 1931   Virginia Woolf  
(traduit en français par Marguerite Yourcenar)



Tess croit aussi qu'elle est un épi d'eau

jeudi 11 août 2011

Soudain



Catherine :
Yes ! Yes, something had broken, that string of pearls that old mothers hold their sons by like a - sort of a - sort of - umbilical cord, long after...

Mrs. Venable :
She means that I held him back from -

Doctor :
Please !

Mrs. Venable :
Destruction !

Catherine :
All I know is that suddenly, last summer, he wasn't young any more, and we wen't to Cabeza de Lobo, and he suddenly wsitched from the evenings to the beach... 





"Soudain l'été dernier"
Extrait du film de Joseph L. Mankiewicz  
"Suddenly Last Summer", 1959, noir et blanc
tiré de la pièce de Tennessee William, 1958. 




Tess aime les flash-back qui ouvrent le temps... 


mercredi 10 août 2011

De toute manière...


"De toute manière, c'est certain, je ne peux plus mettre un pied à la poste. ils me détestent royalement tout simplement à cause de ceci et cela et ceci et cela, à cause de diverses rumeurs, fondées ou non, comme par exemple la nuit où j'ai menacé de défoncer la gueule à un type en chaise roulante... c'était vrai mais c'était pour blaguer et quand des types de 30 ans plus jeunes que moi commencent à sortir de la baraque en courant parce que je leur ai dit qu'ils seraient les prochains je me suis demandé : pourquoi je ferais plaisir à ces connards ? Alors tu vois, Carl, avec toutes ces histoires, j'ai pas besoin de forcer la dose, je suis sur la liste noire de cette ville de lèche-cul, de coteries, je suis dans cette grosse chatte sanglante de ville fantôme [...]

Charles Bukowski 
Lettre à Carl Weissner, mi-novembre 1969. 


Tess aussi est sur la liste noire de cette ville fantôme et sa tête pend de la gueule de cette grosse chatte sanglante...

lundi 8 août 2011

CRI


"Le CRI"


Tess 
Crie gueule hurle
Dedans
 sa nuit


Silence


Plus RIEN
 Faux
 Tout est


ILS
Bavent 
Flatulent 
Flagornent
Schlinguent
Raillent
Crânent
Torturent
Humilient
Tuent
Dédaignent
Certifient
Assurent
Gagnent
Vantent
Vendent
Achètent
Profitent
Braillent
Brillent 
Paradent
Ecrasent
Ignorent
Suent
Crachent
Empestent
PUENT

Vomir


Cafards mielleux
Rats despotiques
Teignes accrocheuses
Coqs graveleux
Hyènes en chaleur
Chacals en rut
Louves hypocrites
Truies boursouflées
Sauterelles salaces
Chiennes baveuses
Bonobos obscènes
Sagouins libidineux
Chattes pédantes
Requins lubriques


Vomir


Pouvoir
Mépris
Trahison
Dégout
Abandon
Oubli
Néant



Vomir


Fuir
La fange
 où
 De banals vers 
Avalent
Leur merde
En criant
Quel Caviar


Plus Rien 
Ne rime
à
RIEN

Tess 
Crie

Nausée 
Égout
Bourbier
Cloaque
Sale eau
Sans vie
Sans nuit
Sans jour
Sang

Tess
Crache
 Hurle
Crie

Son corps en silence pourrira
Seule dans sa nuit
Elle veut

vendredi 5 août 2011

Ecrire



"La solitude, ça veut dire aussi : ou la mort, ou le livre. Mais avant tout ça veut dire l'alcool. Whisky, ça veut dire. Je n'ai jamais pu jusqu'ici, mais jamais, vraiment, ou alors il faudrait que je cherche loin... je n'ai jamais pu commencer un livre sans le terminer. Je n'ai jamais fait le livre qui ne soit pas déjà une raison d'être tandis qu'il est écrit, et ça, quel que soit le livre. Et partout. Dans toutes les saisons. Cette passion, je l'ai découverte ici dans les Yvelines, dans cette maison ici. J'avais enfin une maison où me cacher pour écrire des livres. Je voulais vivre dans cette maison. Pour quoi y faire? ça a commencé comme ça, comme une blague. Peut-être écrire, je me suis dit, je pourrais. J'avais déjà commencé des livres que j'avais abandonnés. J'avais oublié même les titres. Le vice-consul, non. Je ne l'ai jamais abandonné, j'y pense souvent. A Lol V. Stein je n'y pense plus. Personne ne peut la connaître, L.V.S., ni vous ni moi. Et même ce que Lacan en a dit, je ne l'ai jamais tout à fait compris. J'étais abasourdie par Lacan. Et cette phrase de lui: "Elle ne doit pas savoir qu'elle écrit ce qu'elle écrit. Parce qu'elle se perdrait. Et ça serait la catastrophe." C'est devenu pour moi, cette phrase, comme une sorte d'identité de principe, "d'un droit de dire" totalement ignoré des femmes."

"Ecrire"
Marguerite Duras 



Tess ne sait pas non plus qu'elle écrit ce qu'elle écrit



jeudi 13 janvier 2011

Je n’aime que le rêve


"Qu’importe la pensée pratique ! Je n’aime que le rêve. Lui seul est bon, lui seul est doux. La réalité implacable me conduirait au suicide si le rêve ne me permettait d’attendre. Mais tu as dit que l’Orient était la terre des barbares ; tais-toi, malheureux, c’est la terre des sages, la terre chaude où on laisse couler la vie, où on arrondit les angles. Nous sommes les barbares, nous autres gens de l’Occident qui nous disons civilisés ; nous sommes d’odieux barbares qui vivons durement, comme des brutes. Regarde nos villes de pierres, nos meubles de bois anguleux et durs. (…) Nous vivons debout ou assis, jamais couchés, sauf pour dormir, ce qui est absurde, car on ne perçoit plus dans le sommeil le bonheur d’être étendu. Mais songe aussi à notre vie intellectuelle. C’est la lutte, la bataille incessante. Le souci plane sur nous, les préoccupations nous harcèlent ; nous n’avons plus le temps de chercher et de poursuivre les deux ou trois bonnes choses à portée de nos mains. C’est le combat à outrance. Plus que nos meubles encore, notre caractère a des angles, toujours des angles !"

Extrait de "L'Orient" 
de Guy de Maupassant 

Tess pense comme Guy

dimanche 2 janvier 2011

La nuit

 "  Ombres, la nuit"
Edouard Hopper
 
" Le jour me fatigue et m'ennuie. Il est brutal et bruyant. Je me lève avec peine, je m'habille avec lassitude, je sors avec regret, et chaque pas, chaque mouvement, chaque geste, chaque parole, chaque pensée me fatigue comme si je soulevais un écrasant fardeau. 

Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m'envahit. Je m'éveille, je m'anime. A mesure que l'ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux. Je la regarde s'épaissir la grande ombre douce tombée du ciel : elle noie la ville, comme une onde insaisissable et impénétrable, elle cache, efface, détruit les couleurs, les formes, étreint les maisons, les êtres, les monuments de son imperceptible toucher. 

Alors j'ai envie de crier de plaisir comme les chouettes, de courir sur les toits comme les chats ; et un impétueux, un invincible désir d'aimer s'allume dans mes veines.

Je vais, je marche, tantôt dans les faubourgs assombris, tantôt dans les bois voisins de Paris, où j'entends rôder mes soeurs les bêtes et mes frères les braconniers.

Ce qu'on aime avec violence finit toujours par vous tuer. Mais comment expliquer ce qui m'arrive ? Comment même faire comprendre que je puisse le raconter ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je sais seulement que cela est. - Voilà. [...]"

 Extrait de "La nuit"  14 juin 1887 
Guy de Maupassant  


Guy est un frère chat de Tess 
... de John aussi

jeudi 30 décembre 2010

Eteindre la lumière...

 John Fante
"Un soir je suis assis sur le lit dans ma chambre d'hôtel sur Bunker Hill, en plein cœur de Los Angeles. C'est un soir important dans ma vie, parce qu'il faut que je prenne une décision pour l'hôtel. Ou bien je paie ce que je dois ou bien je débarrasse le plancher. C'est ce que dit la note, la note que la taulière a glissée sous ma porte. Gros problème, ça, qui mérite la plus haute attention. Je le résous en éteignant la lumière et en allant me coucher"

Extrait de "Demande à la poussière" 
John Fante


Tess fait ça aussi